La mort d'un prophète
(1565 - 1566)

   Nous avons vu précédemment que César de Nostredame avait rapporté que son père avait perçu deux cents escus d’or de la reine lors de la visite des souverains à Salon-de-Provence en 1564.

   Ces renseignements de César sont confirmés par l’ambassadeur espagnol Don Frances de Alava dans une lettre à son maître Philippe II datée de Toulouse le 4 février 1565.

   Nostradamus fait publier son Almanach pour l’an 1566, imprimé à Lyon, par Antoine Volant et Pierre Brotot.

   Cet almanach en vers est dédié, le 16 octobre 1565, à Honorat de Savoie, Comte de Tende. C’est le seul almanach à nous fournir une chronologie, la troisième des chronologies bibliques fictives, différente des deux autres consignées dans la Lettre à Henry Second, également arbitraire, et d’un nombre total d’années également faux.

   L’horoscope du prince Rodolphe, fils de Maximilien II, lui prit quatorze mois. Par bonheur, la version allemande de ce document, daté du 20 juillet 1565 a été conservée : elle comporte près de 250 pages de commentaires !

   Nous avons conservé de nombreuses lettres de la correspondance de Nostradamus avec ses clients.

   Anne Ponsard, à peine un an avant la mort de Nostradamus, son mari, imitait son exemple et, sous la caution d'Antoine Marc, oncle d'Adam, offrait à celui-ci encore cent nouveaux écus.

   Le 22 décembre 1565, quelques mois avant sa mort, Nostradamus écrivit à Catherine de Médicis pour qu’on lui envoyât la révolution de la dix-septième année du roi, qu’il voulait comparer avec celle qu’il avait lui-même établie. 

   En 1566, c'est la publication du dernier almanach de Nostradamus, imprimé peu de temps après sa mort par le lyonnais Benoît Odo : Almanach pour l’an 1567... Aucun exemplaire de cet almanach ne paraît avoir survécu, mais heureusement que l’abbé Rigaux possédait un exemplaire de cet almanach car Henri Douchet réalisa en une copie typographique en 1904. Nous possédons également une traduction italienne.

   Cet almanach se compose de trois parties, dont chacune comprend les Présages. Il comporte une double dédicace : la première partie sera dédiée à René de Birague, garde des sceaux du royaume, successeur de Michel de l'Hôpital, datée de Salon-de-Craux le 15 juin 1566 (17 jours avant la mort de Nostradamus). La deuxième partie a comme dédicataire Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, avec la date du 22 avril 1566.

   Le 17 juin 1566, Nostradamus recevait, en sa maison de Salon-de-Provence, quelques-uns de ses amis et le notaire de la ville, Joseph Roche. Ce dernier inscrivit sur son registre l’acte du testament de Michel. Treize jours plus tard, le 30 juin 1566, Nostradamus qui sent sa fin proche fait enregistrer par le même notaire un codicille, avec les mêmes formalités. Le notaire retranscrira plus tard ces deux documents, en seconde rédaction, en y ajoutant les formules juridiques.

   Remarque curieuse :

   Dans le registre de brèves du notaire Joseph Roche, un texte qui ne comporte que l’essentiel du testament et qui fut composé sous la dictée de Nostradamus, on lit :

   « ... quand son âme sera separée de son corps que icelluy soit porté en sépulture dans l’eglise du couvent de Saint Françoys, dudict Sallon, et entre la grant porte d’icelle de l’authel de Saincte Marthe, là où a voullu estre faicte une tombe ou monument contre la muraille... »

   Ce texte est porté en renvoi, car, à la place, il y avait un autre texte cancellé qui est le suivant :

   « ... dans l’esglise colégié de Sainct Laurenbs du dict Sallon et dans la chapelle de Nostre Dame à la muralhe de laquelle a voulu estre faict ung monument dans lequel son dict corps soit ensevely et pour la dicte plaxe a légué au chappitre et chanoines de la dicte esglise deux escus paiables une foys tant seulement incontinent après son décès. »

   Au moment de dicter ses dernières volontés, le voyant provençal ordonna que sa tombe soit placée dans l’église collégiale de Saint-Laurens, dans la chapelle de Notre-Dame. Il changea d’avis et biffa les paroles pertinentes pour ordonner cette fois l’érection de sa tombe dans l’église Conventuelle de Saint-François, de cette même ville de Salon.

   A la fin du XVIIIe siècle, après la Révolution française qu’il avait si bien « prophétisée », cette dernière église et la tombe de Nostradamus furent détruites. Ses restes profanés furent, peu de temps après, sauvés de la dispersion totale et placés dans une nouvelle tombe. Celle-ci, conformément à la première rédaction du testament, qui avait été tout d’abord biffée par le prophète, se trouve dans l’église collégiale de Saint-Laurent et dans la chapelle de Nostre-Dame.

   L’intention première du voyant salonais aurait été ainsi réalisée. D’aucuns ont vu une preuve ultime de la vision de Nostradamus !

   Dans son codicille, Michel laisse à son fils César, son astrolabe en laiton « ensemble son gros anneau d’or avec la corneline y enchastrée  »

   Nostradamus possédait deux astrolabes. En effet, son bisaïeul, Jean de Saint-Rémy, lui avait légué un « instrument » pouvant servir à dresser des thèmes et il avait reçu un astrolabe en cadeau du baron Paulin de La Garde, commandant des galères du roi en Méditerranée. Il ne légua toutefois à son fils César qu’un seul astrolabe, certainement l’« instrument » familiale.

   Nostradamus avait un sceau représentant, outre son nom, trois planètes surmontées d’un soleil, décrit dans une de ses lettres. Il est bien possible que ce sceau reproduisait son thème. En effet, dans le thème du 14 décembre 1503, les trois planètes supérieures occupaient le deuxième décan du Cancer, en opposition approximative au Soleil dans le premier décan du Capricorne.

   Le 2 juillet 1566 mourut à Salon Michel Nostradamus. Il fut enseveli dans l’Eglise des Frères Mineurs.

   Voici la dédicace apposée sur sa tombe :

D.M.
OSSA CLARISSIMI MICHAELIS NOSTRADAMI VNIVS
OMNIVM MORTALIVM IVDICIO DIGNI CIVIVS PENE DIVINO
CALAMO TOTIVS ORBIS EX ASTRORVM INFLVXV FVTVRI
EVENTVS CONSCRIBVNTVR. VIXIT ANNOS LXII. MENSES VI.
DIES X. OBIIT SALONÆ Ì IÉ IÉ LXVI.
QVIETEM POSTERI NE
INVIDETE
ANNA PONTIA GEMELLA CONIVGI OPTIMO. V.F.

   « Aux Dieux Mânes, ces os du très fameux Michel Nostradamus, unique en dignité au jugement de tous les mortels, dont la plume quasi divine a décrit les événements qui, sous l’influence des astres, se produiront dans le monde entier. Il a vécu 62 ans 6 mois 10 jours(plus exactement 17 jours, du 14 décembre au 2 juillet) . Il mourut à Salon en 1566. Vous qui viendrez plus tard, n’enviez pas son repos. Anne Ponce Gémelle a fait ce voeu pour le meilleur des époux. »

   César n’avait que treize ans à la mort de son père ; c’est pourquoi, on hésite à lui attribuer le texte de cet épitaphe.

   Voilà résumé en ces quelques pages la vie bien remplie de Michel de Nostredame, dit Nostradamus.

 

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